Durant le XIXe siècle, un changement profond s’opère dans les mentalités en matière d’hygiène et de salubrité publique. La croissance démographique s’accompagne d’une concentration de la population en milieu urbain, ce qui augmente les problèmes liés à l’hygiène. Les doctrines scientifiques de l’époque lient fortement l’insalubrité aux mauvaises odeurs, à l’humidité, à la malpropreté, ainsi qu’au manque d’air et de lumière. Les épidémies de typhus éveillent des craintes. Aussi n’est-il pas étonnant de voir les villes promouvoir l’hygiène personnelle dans les foyers et se doter d’un réseau d’égouts souterrains permettant de drainer les eaux usées. Le premier grand canal collecteur est construit à La Chaux-de-Fonds entre 1886 et 1888. L’adduction d’eau dès 1887 facilite l’installation progressive de salles de bain, d’abord pour les classes aisées de la population.
Construit probablement en Angleterre, d’où sont originaires les premiers WC, cette cuvette d’aisance en faïence est ornée de motifs floraux décoratifs peints à la main dans les tons de roses, bleus et verts. Un siphon empêche la diffusion des mauvaises odeurs venant des égouts, tout en permettant l’écoulement des déjections. L’objet était solidement fixé au sol par quatre vis s’enfonçant dans le pied de la cuvette.
Cette cuvette d’aisance provient probablement d’un intérieur bourgeois de La Chaux-de-Fonds, au début du XXe siècle. C’est en effet à ce moment qu’apparaissent les premières salles de bains pour les milieux les plus aisées. La forme et la matière répondent d’abord à des considérations pratiques : la faïence est en effet le matériau qui se prête le mieux, par sa solidité et sa résistance aux changements de températures, à l’emploi qui lui est destiné. Mais le décor très soigné de l’objet rappel que son usage n’est pas à la portée de toutes les bourses et que de nombreux ménages se contentent encore d’installation plus modeste.
Heller, Geneviève, Propre en ordre, Lausanne : Ed d’En-Bas, 1979.
Objets-passage, catalogue d’exposition, La Chaux-de-Fonds : Musée d’histoire, 2007, pp. 12-14.