En 1890, un comité se crée pour soutenir le projet d’un monument consacré à la mémoire d’Alexis-Marie Piaget, grande figure de la révolution de 1848. Peu à peu naît l’idée d’une manifestation plus large et plus populaire pour commémorer le cinquantenaire de la République. Un comité d’organisation prépare un riche programme qui inclut notamment le Tir fédéral à Neuchâtel et l’inauguration d’un monument de la République. Une pièce historique est écrite par Philippe Godet, sur le modèle des Festspiele alors en vogue. Intitulé « Neuchâtel suisse », ce spectacle s’articule en un prologue suivi de douze tableaux, alternant avec de brefs intermèdes. Les décors sont inspirés chacun de l’œuvre d’un artiste neuchâtelois.
Laissant une grande place au texte présentant le spectacle, l’image est disposée sur le côté gauche de l’affiche. Pour illustrer la thèse du Festspiel, l’artiste a représenté trois personnages de différentes époques convergeant vers une allégorie de la Suisse : un soldat portant un écu chevronné pour le Moyen Age ; un homme en perruque tenant à la main un parchemin (peut-être les articles généraux ?) pour les XVIIe et XVIIIe siècles ; un Républicain arborant le drapeau cantonal pour la Révolution.
Cinquante ans après la révolution républicaine du Premier mars 1848, la société neuchâteloise est encore soumise à bien des tensions, malgré l’établissement solide du régime démocratique. Le but de cette pièce historique, comme de l’ensemble des manifestations du cinquantenaire, est d’unir tous les Neuchâtelois et de marquer leur réconciliation. Pour ce faire, Philippe Godet développe un récit qui vise à démontrer que les Neuchâtelois ont tendu de tout temps vers la Suisse et la liberté. Occultant ou déformant les événements historiques dérangeants, l’auteur mythifie l’histoire neuchâteloise pour permettre la construction d’une identité cantonale autour de valeurs communes.
Henry, Philippe (textes réunis par), La mémoire de la Révolution neuchâteloise de 1848, du Cinquantenaire au Centenaire, 1848-1948, Hauterive : Ed. Gilles Attinger, 1997, pp. 26-65, 106-137.