Dès 1951, Edouard-Louis Tissot, descendant de la famille d’entrepreneurs horlogers Tissot, à la tête de l’entreprise éponyme, émet l’idée d’une montre-bracelet mécanique dont le mouvement et la boîte seraient entièrement réalisés en matières synthétiques. Permettant de réaliser des économies sur la production automatisée d’éléments moulés en série plutôt qu’usinés, cette idée a pour objectif de maximiser les marges de vente réalisées par l’entreprise Tissot. Ceci pour financer l’introduction de nouveaux équipements à même d’opérer une transition vers la fabrication de montres à quartz et de montres mécaniques à bas prix, deux défis que devait relever l’horlogerie suisse, selon Edouard-Louis Tissot, pour faire face à la concurrence de Timex (un groupe américain) et d’autres entreprises asiatiques dans le domaine des montres à bas prix.
A l’exception de quelques composants en métal (spiraux, balancier et remontoir), la totalité des organes du mouvement ainsi que la boîte de cette montre mécanique sont réalisés en matières synthétiques. Le mouvement, composé de polycarbonate et de résine acétal polymérisé, possède la caractéristique d’être auto-lubrifié. C’est de cette propriété, de première importance, que découle le nom « Sytal-Astrolon » donné à ce modèle de montre, « Sytal » venant de Système Tissot d’auto-lubrification. La boîte, de forme octogonale, dont le fond sert également à soutenir les organes du mouvement, s’inscrit en prolongement du bracelet. Elle arbore les inscriptions « Tissot research » et « Idea 2001 » (surnom donné à ce modèle pour le marché italien), toutes deux renvoyant au champ sémantique de l’innovation. Les coloris de l’ensemble boîte-bracelet varie en fonction des modèles, parmi une gamme de tons à disposition (rouge carmin, noir, bleu…). A noter qu’Edouard-Louis Tissot avait également émis l’idée d’introduire une partie de ces mouvements synthétiques au sein de boîtes en matière plus luxueuses et conventionnelles (or, argent) afin de constituer une série haut-de-gamme.
Le fait de réaliser le mouvement en matière synthétique revêt d’autres avantages que celui d’un bas prix de revient une fois la production lancée. Rendant obsolète l’utilisation des huiles et des rubis pour limiter les frottements entre composants du mouvement, l’auto-lubrification permet non seulement de réaliser des économies supplémentaires (en se passant de rubis), mais aussi de réduire les risques d’abrasion liés à la captation de poussières à l’intérieur des huiles. Elle permet aussi de se passer des services à opérer sur une montre traditionnelle (nettoyage et remplacement des huiles).
Malgré un enthousiasme certain lié à son développement, la montre Sytal-Astrolon ne connaîtra pas le succès escompté. Elle se heurtera en effet à la résistance des distributeurs et réparateurs horlogers : les uns influencés par la mauvaise presse accordée aux matières synthétiques (malgré des résultats de précision chronométrique), et les autres ne percevant pas dans ces montres, à retourner obligatoirement à l’usine Tissot en cas de problème, de quoi réaliser le profit nécessaire à soutenir leur activité. Le succès des montres Sytal-Astrolon sera d’autant moindre qu’elles apparaîtront rapidement obsolètes face à l’avènement de la montre à quartz de meilleure précision. Les savoir-faire acquis au travers des recherches sur les matières synthétiques auto-lubrifiées seront, eux, utilisés hors du cadre horloger, dans le domaine des prothèses médicales notamment.
Fallet, Estelle, Tissot : 150 ans d’histoire. 1853-2003, Le Locle : Tissot, 2003, pp. 103-109.
Pasquier, Hélène, « Tissot », Dictionnaire historique de la suisse, consulté le 30.10.2012.