Ce thermomètre mécanique de poche est fabriqué par un horloger, Jules Jürgensen (1808-1877). D’après une note manuscrite accompagnant le thermomètre, il était destiné à Ch.-F. Nicolet, maire du Locle, et lui a été livré en 1838 avec son mode d’emploi. Jules Jürgensen est le petit-fils de Jacques-Fréderic Houriet (promoteur de l’horlogerie de précision au Locle), et le fils du Danois Urban Jürgensen, qui fabriquèrent tous deux des thermomètres métalliques. Installé au Locle après un apprentissage et un début de carrière à Copenhague, Jules Jürgensen y poursuivra l’élaboration d’une horlogerie de précision et luttera pour apporter une assise plus théorique à la formation horlogère proposée dans les Montagnes neuchâteloises. Il défendra notamment l’apprentissage « complet » d’horloger au moment où, dans la seconde moitié du 19e siècle, les formateurs et apprentis étaient tentés de raccourcir l’apprentissage au profit d’une formation réduite, plus spécialisée, et d’un accès plus rapide au marché du travail.
De loin, le boîtier du thermomètre revêt le même aspect que celui d’une montre de poche mécanique. La lecture se fait sur un cadran circulaire, percé en son centre pour laisser apparaitre le mécanisme du thermomètre. Sur le cadran, les degrés de température sont indiqués en degrés Fahrenheit et en degrés Réaumur (dont l’unité est légèrement inférieure au degré Celsius). Le mécanisme du thermomètre se compose d’une lame bimétallique (en acier à l’extérieur et laiton à l’intérieur), courbe, dont les extrémités s’écartent l’une de l’autre à mesure que la température s’élève, et se contracte à mesure qu’elle s’abaisse. Ce double-mouvement fait bouger une portion de rouage (râteau) de gauche à droite, entraînant à son tour l’aiguille principale du thermomètre. Cette aiguille est accompagnée de deux autres aiguilles indiquant les minima et les maxima. Urban Jürgensen, auteur d’un brevet sur ce type de thermomètre métallique (intégrés parfois à des montres de poche), recommandera d’utiliser une boîte en argent (bon conducteur thermique), la plus légère possible et dont le verre ne soit pas trop épais pour faciliter les échanges thermiques.
Ce type de thermomètre constitue une alternative aux thermomètres à mercure. Contrairement à ces derniers, il aurait pour avantage, selon Urban Jürgensen, de pouvoir fonctionner à des températures extrêmement basses (auxquelles le mercure gèlerait).
Pour réaliser ce thermomètre, Urban Jürgensen, Jacques-Frédéric Houriet ou Jules Jürgensen mettent à profit les savoirs acquis pour l’horlogerie en matière de dilatation des métaux. A l’époque, la dilatation des matériaux sous l’effet de changements de température avait posé bien des problèmes aux horlogers. La dilatation du pendule ou du balancier réglant, notamment, s’allongeant ou s’étrécissant selon qu’il faisait plus ou moins chaud, faisait varier leur fréquence et donc la régularité du garde-temps. Les constructeurs horlogers recoururent donc à des modules de compensation bimétalliques tirant partie des différences de coefficient de dilatation de divers matériaux pour limiter les variations de longueur des pendules ou des balanciers. Modules bimétalliques que l’utilisation de l’invar au 20e siècle (alliage au coefficient de dilatation quasi nul) rendra par la suite obsolètes.
Berner, Albert, Ditisheim, Paul, « Les horloges de précision » [chapitre XIII], in : Chapuis, Alfred, Histoire de la pendulerie neuchâteloise, Genève : Slatkine, 1983 [1917], pp. 357 ss.
Chapuis, Alfred, « Notes biographiques et index », in : Chapuis, Alfred, Histoire de la pendulerie neuchâteloise, Genève : Slatkine, 1983 [1917], p. 475.
Chapuis, Alfred, Grands artisans de la chronométrie. Histoire de l’horlogerie au Locle, Neuchâtel : Editions du Griffon, 1958, pp. 134-138.
Donzé, Fernand, « Les Jürgensen, horlogers négociants, mécènes, notables loclois », in : Schlup, Michel (dir.), Biographies neuchâteloises (Tome 3), Neuchâtel : Attinger, 2001, pp. 219-222.
Jürgensen, Urbain, Principes généraux de l’exacte mesure du temps par les horloges. Ouvrage contenant les principes élémentaires de l’Art de la mesure du temps par les horloges, […] ainsi que la description d’un nouveau thermomètre métallique portatif, Copenhague : Chez N. Möller et Fils, 1805.
Sabrier, Jean-Claude, Jacques-Frédéric Houriet, 1743-1830, Chézard-Saint-Martin : Ed. de la Chatière ; Cernier : Ed. Simonin, 2006, pp.10 ss. ; p.113.
Facture de livraison et mode d’emploi du thermomètre [Archives, Musée d’horlogerie du Locle].